À partir d’une simple idée lancée sur Twitter en novembre 2010, des pros passionnés et expérimentés ont donné naissance à l’organisation de la course 80 Day Race : une course éco-responsable de 40 000 km autour du monde qui repousse les limites de la technique. Les moteurs à combustion sont totalement proscrits du périple qui reliera huit villes mythiques des cinq continents.

Fondée officiellement le 11-11-11, la société 80 Day Race fête aujourd’hui son troisième anniversaire. À cette occasion, Frank Manders, cofondateur, répond aux 18 questions les plus courantes.

 

Comment vous est venue l’idée de cet événement ?

“Il y a trois ans, je regardais avec Jenny le film ‘Le Tour du monde en 80 jours’ avec Jacky Chan, une version moderne du classique de Jules Verne. Nous avions déjà organisé des rallyes éco-responsables mais une course autour du monde donnait une toute autre ampleur au concept. Le jour suivant, nous y avons repensé et nous nous sommes dit que nous devrions aller de l’avant, en faire quelque chose au lieu de laisser l’idée moisir dans un coin. Nous avons décidé que le mieux serait d’en faire une compétition. Nous avons décliné l’idée de base en un business plan. Et nous l’avons soumis au plus grand concours de business plans des Pays-Bas, organisé par McKinsey et le ministère de l’économie du pays. Plus de 200 concurrents s’affrontaient et avec notre plan de trois pages, nous sommes arrivés dans les vingt premiers. C’était la réponse qu’il nous fallait : à partir de là, nous avons développé le concept de la course 80 Day Race.”

 

Avez-vous déjà organisé des événements auparavant ?

“Nous avons déjà organisé des rallyes éco-responsables dans un but caritatif. Notre plus gros succès est celui de Rotterdam à Rome : les véhicules roulaient à l’huile de friture usagée. Nous l’avons organisé pendant quatre ans et avons récolté 100 000 euros dans un but caritatif. Mais l’impact n’a pas été aussi important que nous l’avions espéré. Nous voulions toucher un public plus large, convaincre davantage de gens des opportunités qu’ouvrent les nouvelles technologies vertes. Il est temps d’organiser la course 80 Day Race: si on compare avec la situation il y a cinq ans, aujourd’hui les technologies qui permettent de remporter ce défi existent.”

 

L’organisation d’un événement mondial est un objectif ambitieux. Par où commencer ?

“On ne peut pas organiser un événement tel que la course 80 Day Race sans le soutien et les partenaires adéquats. L’important est de repérer les bons partenaires avec lesquels s’associer pour lancer la course et la développer. Vous devez par exemple penser aux médias, à la logistique, aux aspects politiques, à la planification, aux équipes et à la technologie. Tout doit s’emboîter comme les pièces d’un immense puzzle. Nos prestigieux ambassadeurs forment un de nos piliers. Tous des personnalités éminentes dans leurs domaines respectifs qui jouissent d’une large reconnaissance dans le milieu. Ils contribuent à propager l’enthousiasme autour de la course 80 Day Race.”

Birth of 80DR on Twitter

(légende de la photo)

Jenny : “Un tour du monde éco-responsable en 80 jours, on dirait un nouveau défi pour 7 adventures, compte sur moi !” Frank à Jenny : “Bonne idée. On pourrait en faire une course ?!?”

 

Qui se cache derrière la société ?

“Les principaux membres de l’équipe sont Jenny Berlo, Rob Boerekamps et moi. Chacun joue un rôle différent. Je suis directeur général et je m’occupe de la plus grande partie de la communication extérieure. Jenny s’occupe de la gestion de la société au quotidien et Rob a principalement en charge le marketing et les ventes. Nous nous sommes entourés d’une équipe d’experts en communication, médias et vente.”

 

Est-ce réellement possible de faire une course écologique autour du monde en 80 jours ?

“Les technologies vertes se sont rapidement développées au cours des dernières années. Nous avons atteint un tournant et ce défi peut maintenant être relevé. On trouve des véhicules et des installations de charge, pour les piles à combustible comme pour les batteries électriques, qui permettent de parcourir plus de 500 kilomètres par jour. Mais un tour du monde en 80 jours reste un défi, quel que soit le véhicule : c’est une aventure de parcourir la planète, de traverser des dizaines de pays, de s’exposer à toutes ces cultures, tous ces peuples, tous ces climats différents. C’est un véritable pari. Aujourd’hui, la technologie nous permet enfin de relever ce challenge doublé d’une contrainte écologique : un rallye sans moteur à combustion. 40 000 kilomètres divisés par 80, soit 500 kilomètres par jour, c’est possible : théoriquement et ‘dans la pratique aussi’ comme l’assurait Phileas Fogg à son contradicteur dans le roman de Jules Verne.”

 

Comment réagit-on quand vous présentez le concept de la course 80 Day Race ?

“Toute idée nouvelle est accueillie avec un certain degré de scepticisme. Il en va de même pour la Course en 80 jours. Mais c’est justement le postulat du roman. Phileas Fogg affirmait que c’était possible alors que des centaines de personnes pariaient contre lui. Il n’était que juste que notre course 80 Day Race fasse l’objet de quelques critiques. Toutefois, beaucoup de gens s’enthousiasment réellement pour le défi et sont convaincus que c’est réalisable. Jusqu’ici, nous avons réuni des producteurs de télévision, des établissements d’enseignement, des entreprises technologiques et des entrepreneurs ; toute sorte de gens et d’organisations s’emparent de l’idée. À l’époque de Charles Lindbergh, le premier homme à traverser l’Atlantique en avion sans escale, personne ne croyait à l’exploit. Jusqu’à ce qu’il y parvienne en 1927. C’est avec cet esprit pionnier qu’on peut montrer au monde que c’est possible. Si on écoute trop les sceptiques, on n’innove pas aussi vite qu’il le faut.”

 

Quels sont les principaux points du règlement ? Quand sera-t-il publié ?

“Lorsque nous avons développé le concept de la course 80 Day Race, nous voulions y remettre de l’aventure, stimuler l’innovation et nous saisir des opportunités offertes par les nouvelles technologies. Tout cela pour dire que notre règlement permet d’adopter de nombreuses approches différentes pour relever les défis de la course. Évidemment, il faut parfois revenir aux objectifs premiers et à l’esprit de la course, on pourrait être amené à modifier certaines règles. Des experts externes se penchent actuellement sur la version finale du règlement : nous présenterons le règlement à l’issue de cette dernière phase de révision.”

 

À quoi peut-on comparer la course 80 Day Race ?

“La course 80 Day Race est un défi, une aventure qui s’enracine dans la grande tradition d’exploration de l’ère victorienne. Il n’y a quasiment plus de terre inconnue dans le monde. Chaque parcelle de terrain a déjà été identifiée, explorée et visitée. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de défi à relever, simplement qu’il faut chercher d’autres aventures. L’esprit pionnier est vivant quand on tente quelque chose qui semble hors de la portée du plus grand nombre. Mais tout le monde peut s’embarquer dans cette une aventure : dans ce sens, cette course est bien l’héritière des explorateurs des siècles précédents.”

 

Quels véhicules peuvent participer à la course ?

“L’objectif de la course 80 Day Race est de booster l’innovation dans les technologies vertes. Nous avons donc exclu les moteurs à combustion fabriqués depuis 140 ans. Nous voulons stimuler les technologies des véhicules électriques propulsés par des énergies propres : batteries, pile à combustible, énergie solaire. Nous sommes aussi ouverts à tout type de véhicule: motos, trois-roues, voitures de type conventionnel, véhicules légers, dirigeables ou bateaux, tout est bon. Peut-être que d’ingénieux ingénieurs imagineront de nouveaux véhicules qui étonneront le monde ? Je l’espère.”

 

Combien de véhicules seront autorisés par équipe ?

“C’est souvent la première question qu’on nous pose: les participants devront-il conserver le même véhicule tout au long de la course ? Les courses ‘classiques’ imposent toujours de courir avec un seul véhicule pendant toute la course. Dans notre cas, la course 80 Day Race vise à stimuler l’innovation. Nous pensons que la mobilité durable ne trouvera pas de réponse unique. C’est pourquoi les équipes peuvent courir avec un véhicule différent à chaque étape mais elles n’y sont pas forcées. La course n’en sera pas plus facile pour autant : les étapes font en moyenne 5 000 kilomètres, trois fois les Mille Miglia !”

 

Les aéronefs et les véhicules marins sont-ils autorisés ?

“La technologie des aéronefs et des véhicules marins sans moteur à combustion existe, mais les contraintes de coûts sont énormes. Voyez le spectaculaire Solar Impulse 2 ou les rapides voiliers de l’America’s Cup ou de la Volvo Ocean Race. Leur prix est considérable. Pour la première édition de la course 80 Day Race, seuls les véhicules terrestres pourront courir. Dès la seconde édition, nous ouvrirons la course aux autres modes de transport, là encore dans le but de stimuler des évolutions dans ces domaines.”

 

Une grande partie de la course se passe sur terre, mais comment les équipes vont-elles traverser les océans ?

“La meilleure stratégie pour traverser les océans atlantique et pacifique est actuellement le voilier à grande vitesse, de ceux qui participent à l’America’s Cup ou la Volvo Ocean Race. Malheureusement, ces bateaux restent très chers. Nous avons donc décidé que pour la première édition de la course 80 Day Race, l’organisation assurerait les traversées. Nous espérons que dès la deuxième ou troisième édition, la technologie aura évolué au point que les équipes pourront traverser les océans à bord de leurs propres véhicules éco-responsables.”

 

Une course normale dure deux heures, comment pensez-vous suivre une compétition sur 80 jours ?

“Cette course 80 Day Race se veut une source d’inspiration pour tous. Il faut donc montrer au grand public les coulisses de la course et des équipes : chaque équipe sera accompagnée d’un directeur d’images. Ces chefs opérateurs enverront leurs enregistrements au centre des médias qui les distribuera et les diffusera tous les jours par les principaux canaux de communication, comme Internet et la télévision. De plus, la société 80 Day Race produira une série de reportages télé sur la course et sa préparation.”

 

La première équipe à participer s’est récemment déclarée. Pourquoi s’est-elle inscrite et avec quel type de véhicule courra-t-elle ?

“La direction de l’équipe a acquis son expérience des technologies vertes à l’occasion d’événements comme le Shell Eco-marathon et le World Solar Challenge. L’équipe STORM Eindhoven est formée majoritairement de jeunes ingénieurs au passé vierge de toute activité dans les sports motorisés ou dans l’aventure carburant aux combustibles fossiles. Ils abordent la mobilité durable comme une source immense d’opportunités. Ils veulent contribuer au développement de véhicules intéressants et attractifs. Ils ont choisi de développer leur propre moto innovante.”

 

Quels sont les plus gros défis que rencontreront les équipes ?

“Quiconque a traversé des frontières dans différents endroits du monde sait que les voyages d’un pays à l’autre réservent de grandes surprises. Ce n’est donc pas uniquement une course de vitesse pure. Il s’agit plutôt d’une course d’endurance dans laquelle la planification et la logistique sont essentielles. Et les nouvelles technologies n’ont pas encore été soumises à ce type d’épreuve. 500 kilomètres par jour, ça paraît peu quand on vit dans un pays doté d’une infrastructure routière robuste. Toutefois, dès qu’on sort des sentiers battus, la planification doit être minutieuse pour s’assurer que le véhicule n’épuisera pas toute son énergie.

 

La course se décompose en huit étapes, avec départs et arrivées dans des grandes villes du monde.” Que se passe-t-il lors de ces événements ?

“Pour ceux qui s’impliquent dans la course 80 Day Race, c’est génial de pouvoir tout suivre à la télévision et sur Internet. Mais tout prend vie quand vous, le visiteur, avez l’occasion d’approcher les aventuriers. Dans chacune des villes étapes, nous organiserons des événements pour aller dans ce sens. Le samedi, les équipes courront sur route fermée en ville. D’autres courses auront lieu, comme le Greenpower Trust qui s’adresse aux scolaires et aux jeunes ingénieurs. Le public est invité à profiter gratuitement du spectacle. La veille, le vendredi, les politiques et les professionnels auront assisté à une présentation sur l’état de l’art et sa traduction concrète à l’heure actuelle.” Le salon et la conférence axés sur la mobilité durable seront ouverts aux professionnels, aux décideurs politiques et aux consultants.”

 

Vous avez indiqué plus tôt que la course 80 Day Race bénéficie du soutien de plusieurs ambassadeurs. Pourquoi se sont-ils engagés ?

“Les ambassadeurs de la course 80 Day Race partagent une certaine vision d’un avenir éco-responsable et d’une mobilité durable. Les ambassadeurs viennent d’horizons très divers. Ils partagent la même passion mais exercent dans différents domaines d’expertise : des entrepreneurs, hommes d’affaire, coureurs de compétition aux nombreux trophées jusqu’aux spécialistes de l’aventure, de l’éducation et du développement de la technologie éco-responsable. Et la liste des passionnés ne fait que s’allonger.”

 

À quoi doit-on s’attendre dans les mois qui viennent ?

“Nous annoncerons prochainement l’arrivée de nouveaux ambassadeurs. Nous sommes en pourparler avec six villes et cinq équipes potentielles ont exprimé leur intérêt pour participer à cette course. Nous présentons le défi aux capitaines d’industrie. C’est une période palpitante qui commence. Suivez-nous de près pour découvrir les dernières nouvelles et de nouveaux éclairages.”